mercredi 15 décembre 2010

Union libre : merci, pas de pension pour moi…

Le 10 décembre dernier, l’émission Huis clos, animée par Claire Lamarche et diffusée à Télé-Québec avait pour thème « Le droit à une pension alimentaire pour les ex-conjoints de fait : êtes-vous pour ou contre ? » Rappelons que la formule de l’émission est de demander à sept citoyens dits ordinaires de se prononcer sur un sujet d’actualité en votant.  Cette journée-là, trois hommes et quatre femmes devaient trancher cette épineuse question. 

Anne-France Goldwater, l’avocate qui a remporté une victoire inattendue auprès de la Cour d’appel qui autorisera, sauf avis contraire du ministère de la Justice, une ex-conjointe d’union libre à soutirer une pension alimentaire, a défendu son point de vue avec une habileté qui n’avait d’égale que sa mauvaise foi au service des avocats familialistes.  Suivit un échange avec une professeure en droit familial, Marie-France Bureau, vendue à la décision de la Cour d’appel, et avec Lise Bilodeau, de l’Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ), qui a dénoncé avec clarté les dérives d’une décision qui fera davantage reculer les droits des hommes au lendemain d’une séparation, comme si ces droits n’étaient pas déjà assez compromis. 

J’en profite pour souligner le manque atterrant de savoir-vivre de deux des quatre membres féminines du jury ainsi que de Mme Bureau elle-même, qui manifestaient avec force tics et gesticulation leur exaspération pendant que Mme Bilodeau, d’un sang-froid admirable, se contenait visiblement pour défendre ses positions (voir lien ci-contre).  Triste spectacle.

http://video.telequebec.tv/video/5830/le-droit-a-une-pension-alimentaire-pour-les-ex-conjoints-de-fait-etes-vous-pour

L’issue du vote n’a pas davantage fait honneur aux femmes présentes sur le plateau : trois d’entre elles se sont rangées du côté  de l’octroi de la pension, tandis que les trois hommes, lucides, s’y sont opposés.  Un  tel dénouement indiquait clairement que les unes comme les autres avaient compris qui deviendraient les grands perdants de l’aventure…  Une ergothérapeute, qui se définissait comme féministe, a sauvé l’honneur des femmes en votant contre la pension, permettant au bon sens de triompher avec un verdict final défavorable à son octroi. 

De féministes à « féminimes »…

Sans étonner, des litanies cent fois rabâchées se sont élevées, comme des mantras, de la bouche des trois participantes pro-pension : le présumé renoncement des femmes à leur « carrière » pour élever les enfants, et leur salaire moindre que celui des hommes.

Ça tombe bien, me dis-je : je suis justement resté à la maison pour m’occuper de mon garçon pendant les trois premières années de sa vie et mon salaire est nettement moins élevé que celui de sa mère, dont je vis séparé depuis sept ans.  En me basant sur le raisonnement fallacieux des participantes, je devrais logiquement demander une pension à mon ex dans les plus brefs délais, briser le mur du silence, en finir avec la discrimination selon le sexe, reconnaître ma valeur personnelle à travers ma reconnaissance économique et Dieu sait encore quelle connerie… 

Y a-t-il des limites à se donner des airs misérabilistes pour soutirer du fric ?  Peut-on mettre un frein à l’indécence de se draper de nobles sentiments, manifestement bidons, pour justifier sa cupidité ?  Quarante ans de féminisme n’auront-ils eu pour résultat que de transformer des femmes qui revendiquaient leur autonomie en sangsues qui s’accrochent frénétiquement à leur dépendance économique avant de n’élever que des générations futures de sous-femmes… et d’en présenter la note aux pères ? 

La notion de choix

Lorsque l’on fait des choix, on en assume les conséquences.  On ne peut avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la laitière. Le fait d’être une femme plutôt qu’un homme n’a strictement rien à voir dans l’équation. 

Quand j’ai choisi de rester à la maison pour m’occuper de mon fils, mon salaire était déjà plus bas que celui de ma conjointe et mes rentrées de fonds, moins régulières.  C’est elle qui, en bonne mère de famille, allait gagner notre pitance tandis que je découvrais les joies de la paternité, ceci dit sans ironie, bien au contraire.  Aujourd’hui, sachant que mon garçon est atteint d’un trouble envahissant du développement, ce que j’ignorais, bien sûr, à sa naissance, je suis heureux d’avoir passé trois ans à temps plein auprès de lui afin de l’enraciner dans le réel.  Une telle expérience n’a pas de prix. 

Je reste convaincu que, confié à une garderie tandis que les deux parents auraient travaillé à temps plein, son développement ne se serait pas opéré de façon aussi constructive.  Je suis très fier de lui avoir donné un tremplin dans la vie, quoiqu’en pensent certains psys sur les compétences paternelles auprès des enfants en bas âge.

Mon ex ne doit pas payer pour mes décisions !

Ai-je renoncé à une « carrière », moi qui travaille maintenant comme agent de sécurité avec deux diplômes universitaires de premier cycle et les deux tiers d’un troisième ?  Autant que celle qui a laissé son emploi de caissière chez Rossy, de serveuse au St-Hubert, de secrétaire de direction à 12 $ l’heure ou de graphiste à 10 $ l’heure.  Ma conjointe d’alors a défrayé toutes nos dépenses familiales, avec le stress d’un seul salaire, pendant trois ans.  Au nom de mon impressionnant cheminement professionnel mis de côté, je devrais la faire cracher une deuxième fois en lui demandant une pension ?  On parle ici d’une femme ou d’une vache à lait ?

J’ai un baccalauréat en littérature française et un certificat en journalisme.  Il s’agissait de choix hasardeux pour assurer ma subsistance, que je referais sans hésiter.  J’ai connu des périodes de vaches maigres pour ne pas avoir voulu d’une carrière plus rémunératrice.  Faut-il que je fasse payer mon ex pour mes décisions ?  C’est pourtant la thèse que défendaient les trois grâces de Huis clos, en avançant que les femmes faisaient des choix de carrière moins lucratifs que les hommes.  Si elles voulaient plus de fric, elles n’avaient qu’à faire comme eux.  Point final.

Une féministe avec une colonne vertébrale…

C’est à une féministe, au sens noble que ce mot a déjà eu à mes yeux il y a des lunes, que le jury doit de ne pas avoir élevé la dépendance au rang d’un style de vie, avec les valeurs médiocres de petite princesse infantile qu’il implique.  La dame, dont le vote a tranché la question, ne s’est pas gênée pour dénoncer l’infantilisation de l’octroi immérité d’une pension, de même que l’ingérence de l’État dans une décision qui ne le regarde en rien.  

Rappelons qu’un récent sondage Léger Marketing - Le Devoir indique que 56 % des Québécois sont du même avis, un son de cloche dont le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, a tenu compte, puisqu'il vient d'interjeter appel de la décision favorable à la pension.  C'est pas encore aujourd'hui que vous sablerez le champagne, Mme Goldwater !

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