lundi 23 août 2010

Les pères : de l’engagement à la reconnaissance

C’est en 2008, avec pour toile de fond la crise boursière, les élections américaines et nos élections… à l’américaine que le Conseil de la famille et de l’enfance lançait une recherche ayant pour titre L’engagement des pères.  D’entrée de jeu, le Conseil y affirmait sa volonté de privilégier l’intérêt des familles et de l’enfant, au-delà de tout débat opposant paternité et maternité, ou masculinisme et féminisme.  Honnête et rigoureux, bien qu’incomplet, faute de données disponibles, le document de 120 pages n’en demeure pas moins un outil exhaustif qui propose un portrait global des différents types de pères ou de parcours paternels. 

Le Québec y est représenté sous l’angle d’une société distincte par le nombre de chercheurs, tant hommes que femmes, qui depuis une quinzaine d’années, tentent de cerner la réalité parentale masculine.  Un obstacle de taille se dresse obstinément dans leur quête : la rareté des statistiques, surtout gouvernementales.  Aussi incroyable que ça paraisse, aucun recensement n’indique le nombre de pères, tant au Québec qu’au Canada.  Seul les pères monoparentaux, soit 68 025 hommes, ont été dénombrés en 2001 au Québec.  Uniques soutiens familiaux, ils devenaient par le fait même inévitables.

Devant cet étonnant constat, le Conseil juge « important de mieux définir la place des hommes dans la famille, d’abord parce qu’il est de plus en plus reconnu que les enfants retirent des avantages indéniables de la présence d’un père, ensuite parce que l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes ne pourra se réaliser que dans la mesure où les responsabilités liées aux enfants seront partagées, au même titre que les responsabilités financières de la famille le sont. »  Ambitieux plan de match, mais objectif incontournable.

Il semble que le décloisonnement des rôles parentaux traditionnels mène peu à peu dans cette direction, notamment en cas de rupture.  Bien que cette réalité affecte un couple sur deux, il ne s’agit cependant pas automatiquement de parents.  Si en 1995, à peine 11 % des enfants de parents divorcés vivaient en garde partagée, ils représentaient 29 % d’entre eux en 2003.  Sept ans plus tard, ce pourcentage pourrait bien avoir encore augmenté. 

On note toutefois que le rôle de pourvoyeur attribué au père reste déterminant aux yeux de la justice.  Un homme à la situation financière précaire aura moins de chances d’obtenir la garde de sa progéniture qu’une mère nécessiteuse, qui pourra plus sûrement compter sur la pension d’un ex-conjoint.  Il n’y a rien d’étonnant à cela puisque les hommes représentent 95 % des payeurs de pensions au Québec.  Il s’ensuit cependant une dévalorisation du rôle de père en tant que personne interactive auprès de ses enfants.

La persistance de ce rôle traditionnel explique peut-être en partie la diminution du temps que les pères consacrent à leurs enfants depuis 10 ans au profit du travail et des déplacements.  Il serait toutefois injuste de mettre un tel choix de priorités sur le compte d’un désengagement, avec les fluctuations de l'économie.  Selon le Conseil, « (…) la dernière chose dont les hommes ont besoin pour être soutenus dans leur parcours vers une paternité assumée, c’est d’être décrits à l’aide de clichés réducteurs. »  Ainsi soit dit !

Rétrolivier paru le 20 octobre 2008 dans Cyberpresse.

dimanche 22 août 2010

Cet ennemi guette votre enfant…

Votre enfant a moins de 10 ans.  À certains moments, il lève vers vous ses deux yeux candides, semblables à ceux d’un chevreuil sans défense, dans un élan d’abandon sans réserve et de reconnaissance filiale.  En vous, il investit sans hésiter toute sa confiance, son espoir indéfectible en des lendemains qui chantent.  Son regard soutenu vous fait sentir à quel point, malgré les disputes occasionnelles et les gaffes inhérentes à l’enfance, vous êtes soudés l’un à l’autre, comme le lierre à la façade d’une maison ancestrale, semblable à vous, inébranlable et rassurante.  En cette minute ultime, vous confondez l’instant présent et l’éternité, en une étreinte temporelle aussi forte que le lien viscéral qui vous uni.  Ne vous laissez pas abuser.  Ça durera pas.

Car, tapi dans l’ombre, un ennemi sournois guette votre enfant.  Il attend, perfide, le moment propice où il pourra enfin prendre possession de cette petite âme vulnérable.  Cet esprit maléfique le transformera avant longtemps en un être imprévisible, perturbant, irrationnel, incontrôlable.  Le mot, qui définit si inquiétante mutation, vous brûle les lèvres, sans que vous n’osiez encore le prononcer.  Mais avouez qu’il vous hante, ce mot, à la pensée qu’un jour prochain, votre progéniture affrontera cette épreuve du feu qu’est le secondaire.

Préoccupé, malgré votre bonheur, vous chassez de sombres visions de votre esprit, le temps d’une activité partagée avec votre enfant.  Vous ne vous l’avouez pas, mais vous sentez déjà que ces épisodes privilégiés s’espaceront peu à peu.  Vous tentez vainement de fuir ces images obsédantes, où il essayera une cigarette, sinon pire, boira sa première bière en cachette, tentera, plus vieux, de squatter les bars avant l’âge réglementaire.  Et ça, c’est sans compter ce que la décence nous interdit d’énumérer dans cette rubrique.

Le chérubin, dont les petits pieds, qui gazouillaient sur le plancher, vous réveillaient si tôt le samedi matin, se transformera avant longtemps en grand efflanqué, avec qui vous devrez lutter, afin de l’extraire du  lit, pour qu’il aille à l’école.  Sa voix, jusqu’ici cristalline, aux accents mélodiques, se transformera sans espoir de retour en un son rauque, à la fois nasal et guttural, aux intonations traînantes.  Le joli petit nez, qui vous rappelait Paul McCartney, évoquera désormais John ou Ringo. 

Peut-être monopolisera-t-il pendant des heures la salle de bains, à la poursuite de son moi profond, tentant de déchiffrer l’énigme du langage corporel, renvoyée par le miroir.  Ou bien signalera-t-il son arrivée dans votre salon par la déflagration olfactive d’effluves dont vous n’auriez jamais soupçonné l’existence, mais dont vous identifierez assez tôt la source.  À cet âge, où rien n’arrive assez vite, le temps passé à se laver en est autant de perdu à faire quelque chose d’intéressant.

Vous vous surprendrez à vouloir décoder les longs silences impénétrables de cet être qui fut votre bébé.  Vous tressaillerez à ses sautes d’humeurs intempestives, devant un verre renversé, l’absence de ses céréales préférées, ou une question qu’il jugera comme une violation de son être.  Il survivra, vous le savez bien, à cet ennemi que vous n’avez toujours pas nommé.  Après tout, vous avez bien survécu, vous… une première fois.

Rétrolivier paru dans Le Soleil du 3 janvier 2008 et dans La Presse du 12 janvier 2008, rubrique À votre tour.

samedi 21 août 2010

Some Time in NYC : Un flop non dépourvu d’intérêt

Bien sûr, il y a eu, vers 1969, les canulars Unfinished Music 1 et 2, et le plus qu’inutile Wedding Album, trois «oeuvres» expérimentales concoctées avec Yoko dont, par égard pour l’un des esprits artistiques les plus créatifs et les plus influents du vingtième siècle, il vaut mieux oublier les parutions.

Suivirent l’inégal album live Plastic Ono Band Live Peace In Toronto, mais surtout, les deux chefs d’œuvre incontestés de John Lennon, Plastic Ono Band et Imagine, parus l’un après l’autre en 1970 et 1971.  Du coup, il semblait bien que la carrière de John était partie sur des chapeaux de roue et que la confiance que le public avait investie dans le Beatle brillant était pleinement justifiée.  L’aura de Lennon se trouvait d’autant plus évanescente que les débuts solo de son ancien collègue, Paul McCartney, n’annonçaient pas vraiment ses succès futurs.  Et puis, quelles mauvaises langues pouvaient bien encore affirmer que Yoko Ono nuisait à la créativité de son célèbre mari ? 

C’était avant Some Time In New York City, paru en 1972, dont la pochette recherchée et ambitieuse promettait pourtant beaucoup.  Pour plusieurs, il s’agit de l’album le plus faible de Lennon, et des écoutes répétées ne peuvent que confirmer ce pronostique.  Est-il pour autant bon pour la scrape ?  Certainement pas, malgré deux handicaps majeurs, malheureusement liés à l’idole de ses nuits.

Alors que le chanteur et l’artiste d’avant-garde avaient enregistré chacun de son côté son Plastic Ono Band, ils eurent l’improbable idée d’unir leurs efforts sur un même disque.  Si les compositions de Yoko recèlent souvent un lyrisme inattendu, il se trouve sporadiquement compromis par les effets vocaux gratuits et dévastateurs de la chanteuse improvisée.  De telles tentatives restent à la musique ce que l’écriture automatique s’avère à la poésie : parfois utiles, à condition d’être gardées pour soi.

La deuxième réserve majeure devant cet album tient au fait qu’à peu près chaque chanson traite d’un sujet politique ou social de l’actualité d’alors.  Trente-six ans plus tard, l’auditeur moyen a quelque peu perdu le fil de certains d’entre eux.  L’écoute de John Sinclair, ne nous dit pas qu’il s’agit d’un leader des Black Panthers, ni qu’il fut condamné à une peine disproportionnée en regard des accusations de détention de marijuana qui pesaient sur lui.  Qui se souvient encore d’Angela Davis, cette activiste américaine emprisonnée pendant 16 mois, après avoir été accusée d’avoir participé à une prise d’otage ?  Elle devait par la suite être jugée et acquittée.  Une chanson de Lennon témoignera toutefois de son passage sur terre.


On retrouve une autre pièce sur la révolte des prisonniers d’Attica State, mais aussi quelques sujets plus accessibles, comme la problématique irlandaise, relatée dans The Luck Of The Irish ou Sunday Bloody Sunday.

Si la facture thématique générale laisse à désirer, la réalisation reste sans faille et la musique, souvent géniale.  Est-ce assez pour sauver cet album du naufrage ? Sans doute, mais avouons que le rescapé ne sera jamais fort.  Ainsi, la féministe et revancharde  Woman Is The Nigger Of  The World, avec un texte plus universel, aurait pu donner à Lennon un autre classique, alors qu’elle est pratiquement oubliée de nos jours.

Quant au deuxième disque de ce double album, présentant divers extraits de spectacles, notamment avec Frank Zappa et ses Mothers Of Invention, il aurait pu tout aussi bien ne pas sortir.  La réédition de l’album, en 2005, ne le comprend d’ailleurs pas. 

Some Time In New York City fut descendu par les critiques et devint un flop commercial.  Lennon ferait mieux la  prochaine fois, avec Mind Games, par lequel il devait tenter de renouer avec la formule gagnante d’Imagine, sans pour autant y parvenir tout à fait. 

Ce Rétrolivier est paru dans Amazon.fr le 23 novembre 2008.

vendredi 20 août 2010

Adieu, tribunes d’opinion !

Il est de ces décisions que l’on mûrît longuement, à moins que ce ne soit elles qui, peu à peu, s’imposent à soi.  J’ai débuté ma « carrière » de chroniqueur-citoyen dans les pages d’opinion de plusieurs quotidiens du Québec à partir du 31 juillet 2006.  Rapidement, je me suis pris au jeu d’envoyer régulièrement des textes sur plusieurs questions d’actualité, tant à propos de sujets chauds que d’autres, que je jugeais importants, mais mésestimés des médias. 

Au début, je trouvais un accueil plutôt favorable de leur part.  Depuis un an ou deux, je constate que leur ouverture à l’opinion du citoyen dit ordinaire se rétrécit progressivement.  Ce commentaire ne vaut cependant pas pour Le Nouvelliste, le quotidien de ma région, et encore moins pour Le Soleil, le journal qui m’a le plus publié.  Ces deux médias se sont toujours démarqués par leur constance et la mise en évidence de mes topos.  Je leur en demeure reconnaissant.

Une lente érosion

Je ne peux évidemment en dire autant du Devoir, dont l’élitisme et la hauteur envers les gens qui ne sont ni vedettes, ni résidents de Montréal, n’étonnera personne mais me surprendra toujours.  Qu’il me suffise de préciser qu’aucun parmi la cinquantaine de textes que je leur ai adressés au cours des quatre dernières années n’a trouvé grâce à leurs yeux.  Je dois pas être doué.

Il y a cependant plus inquiétant.  Cyberpresse (le média et non le site abritant les sept quotidiens de Gesca) qui, jusqu’en janvier 2009, constituait une tribune accessible à tous, ne publie maintenant les textes de simples citoyens que très exceptionnellement.  La priorité, pour ne pas dire l’exclusivité de leur espace média, revient désormais à des notables ou des célébrités. 

Le Journal de Montréal suit d’ailleurs la même tangente depuis quelque temps, d’abord en ne réservant sa lettre du jour qu’à la même élite (cette rubrique semble par ailleurs désormais remplacée par les textes de collaborateurs), ensuite en ne limitant la participation citoyenne qu’à leur sondage quotidien.  Bonsoir démocratie, ouverture sur le peuple, dont ce journal se targue, et écoute du lectorat.

Du côté de La Presse, le problème m’est plus personnel.  Il semble que l’on ne m’ait jamais pardonné mes six lettres du jour en 14 mois au Journal de Montréal (en un temps de plus grande réceptivité de ce quotidien, bien sûr).  Plus d’un an après la première d’entre elles, tous mes textes ont été systématiquement refusés, jusqu’à ce que je renonce à leur en envoyer.

Je ne jette pas l’éponge

Je me demande ce que les gens d’opinion sans tribune - mais non sans idées - deviendraient sans Internet, ses blogues et ses réseaux sociaux, devant cette érosion du droit de parole citoyenne.  La possibilité de se publier soi-même offre un éventail de perspectives inimaginables, il y a encore dix ou quinze ans.  Pas de limites quant aux sujets, au nombre, aux formats, à l’actualité - ou non - des topos.  Vous disposez d’une latitude totale d’expression, et vous êtes toujours sûrs d’être publié…  Bref, vous êtes le boss !  Ce sont sans doute ces médias, davantage que les journaux, à l’avenir incertain (trop ouverts à leurs lecteurs, probablement), qui représentent l’avenir d’une vraie démocratie citoyenne.

Lettres à mon fils : le détecteur de mental

Salut, Jérémie. 

Tu as souvent témoigné d'une admiration inconditionnelle devant ma sagacité.  Sans doute crois-tu que seule l’intuition puisse expliquer ce pouvoir de déduction quasi surnaturel ?  Détrompe-toi.  La réalité est beaucoup plus simple, comme va te le démontrer l’histoire qui te suit.  Prends bien note cependant de conserver la plus entière discrétion sur le sujet !

Le détecteur de mental

Une tempête de neige faisait rage au cours de ce mois de juillet si tourmenté.  L’agence de sécurité qui m’employait m’avait fait parvenir un mémo sur ma montre multifonctions.  Celle-ci m’informa à voix basse qu’une alerte mentale de force 6 (niveau d’alerte le plus élevé, après le niveau 7) avait été décrétée en un lieu si haut que le vertige te saisirait si je te le nommais.

Qu’il te suffise de savoir qu’en réglant ma montre selon une procédure particulière, je la transformais instantanément en détecteur de mental.  Qu’est-ce qu’un détecteur de mental ?  Élémentaire.  C’est un appareil ultra sophistiqué qui permet de détecter un influx psycho-cérébro-mental suffisamment élevé pour engendrer une réaction en chaîne dont l’intensité va en augmentant.  Ainsi, un incident initial apparemment insignifiant, comme le bruit d’une craie sur un tableau, en amorçant une série de nouveaux incidents d’intensité croissante, peut avoir pour conclusion ultime la troisième guerre mondiale.

Tu comprendras l’importance déterminante que peut représenter une utilisation préventive du détecteur de mental.  Or, une alerte à l’incident initial avait été circonscrite à l’usine même où je travaillais. 

En renversant un café sur une table de la cafétéria, le préposé au ménage avait irrité un mécanicien; celui-ci, en appelant sa femme, l’énerva à son tour;  celle-ci, cousine d’un député, l’engueula avec véhémence; le député s’en prit ensuite à un ministre et le ministre au premier ministre du Québec, qui invectiva le chef d’état canadien, qui frappa son chien.

Je pouvais suivre cette succession bouleversante d’événements sur mon détecteur de mental qui, en plus de me révéler la chronologie des événements, me donnait les noms, âges, fonctions et photos des personnes incriminées.  On dira ensuite que le recensement ne sert à rien !  La violence du premier ministre canadien envers son chien avait tout pour susciter une grave crise internationale, opposant les pays pro-chien, comme ceux d’Europe, déjà opposés à la chasse au phoque, à ceux qui, comme la Chine, aussi désinvolte envers l’espèce canine qu’à propos des êtres humains, appuieraient le geste brutal de l’homme d’état.  Le mal était fait.  Comment revenir en arrière ?

Mes contacts privilégiés avec la NASA m’avaient déjà laissé entendre que des ingénieurs finalisaient une machine à voyager dans le temps.  Je sais, de nombreux récits de science-friction présentent un tel engin de manière fantaisiste, mais nous nageons en pleine réalité.  Pas de place pour les fanfaronnades.

En moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer « anticonstitutionnellement »,  un F-18 de l’armée de l’air américaine atterrissait incognito dans le stationnement de l’usine.  Une équipe de trois scientifiques débarqua la précieuse machine.   Contrairement à ce qu’on voit dans les films, une vraie machine à remonter le temps n’a rien d’un pédalo où d’infortunés explorateurs prennent place pour se propulser sans réfléchir vers des époques révolues.  La réalité est beaucoup plus prosaïque et je perdrais toute crédibilité à me répandre en calembredaines.

La machine que nous avions la chance de manœuvrer pouvait tout simplement ramener la planète entière à une époque donnée.  Par contre, elle avait l’effet pernicieux d’effacer de notre mémoire tout événement postérieur à cette époque.  J’eus l’idée, acclamée de tous, de prendre en note les événements dont il fallait à tout prix empêcher la naissance.

Après avoir localisé sur mon détecteur de mental l’événement initial au 5 avril à 10h15, il fut décidé de remonter le temps à 10h10 afin de pouvoir relire mes notes et empêcher l’irréparable.  Ainsi fût fait. À peine avions-nous appuyé sur power que nous nous réveillâmes dans la cafétéria, sans la moindre idée de ce que nous y faisions.  Nous débarquâmes, perplexes,  de cet étrange appareil vaguement familier dont l’utilité m’échappait cependant.  Mes compagnons américains étaient encore plus médusés que moi de se retrouver dans une usine québécoise, et je ne trouvais rien à leur dire.

Je décidais d’aller chercher du café pour nous éclaircir les idées tandis que le préposé au ménage s’activait déjà dans une cafétéria encore déserte avant la pause fatidique de 10h15.  Un des scientifiques reconnu enfin son appareil à remonter les temps.  Alors qu’un mécano arrivait, un café à la main, j’eus un éclair d’intuition foudroyant en regardant ma tasse.  Je portais instinctivement la main à la poche de ma chemise pour y retrouver les précieuses notes que j’avais prises. 

Je finissais de les lire au moment où le préposé au ménage approchait de la table où le mécano avait bien innocemment posé son café.  Le préposé allait déclencher l’événement initial en reversant le breuvage du mécano !  Après avoir résumé mon texte en 1,783939399 secondes à mes collègues, j’immobilisais le préposé au sol tandis qu’un scientifique lui retirait prestement son torchon en écrasant son poignet.  Ainsi désarmé, le dangereux homme de ménage devait rester inoffensif tandis que le mécano finissait tranquillement son café, inconscient de toute l’attention dont il avait été bien involontairement le centre.  L’annulation de l’événement initial avait été un franc succès.  Nous avions empêché une crise mondiale !

Plus tard, à 10h25...

À peine étions-nous revenus de nos émotions qu’une nouvelle alerte de niveau 7, celle-là, bourdonnait sur ma montre multifonctions.  En moins de temps qu’il n’en fallait pour dire « Hasta la vista, Baby ! », un nouvel événement initial avait pris naissance.  Le préposé au ménage s’était plaint de nous au directeur de l’usine, qui avait engueulé la secrétaire, qui elle, s'en était pris à un représentant syndical, qui lui, avait invectivé sa cousine du Vermont, dont le mari, haut-fonctionnaire, avait ensuite froissé l’attaché politique du gouverneur, qui avait à son tour exaspéré ce dernier, qui avait mis en colère le président américain en visite aux Indes, qui avait frappé une vache sacrée.

Excuse-moi, Jérémie.  Papa va être occupé…

jeudi 19 août 2010

Eh oui, je parle aussi...

Lettres à mon fils : des hippos mitrailleurs

Salut, Jérémie.

J’espère que cet envoi te trouvera en super-forme,  J’ai décidé de te divulguer l’un des nombreux secrets de mes activités d’agent de sécurité.  Bien sûr, tout ce que tu liras plus bas est rigoureusement exact, jusque dans ses moindres détails.  Dire le contraire équivaudrait à affirmer que Christiane Pelchat est une féministe néo-médiévale misandre.  Alors, reste bien assis pour la lecture du drame insoutenable intitulé Des hippos mitrailleurs.  J’espère que tu ne feras pas de cauchemars.

Des hippos mitrailleurs 

La nuit tombait au cœur de ce jour de mars.  Je faisais rôtir des guimauves sur le feu de camp de fortune que j’avais allumé devant le poste de garde tandis qu’un détail attira mon attention, sans cesse en éveil.  Une quinzaine d’hippopotames en tutus et armés de fusils mitrailleurs à eau descendaient majestueusement en parachute et se préparaient à atterrir dans le stationnement de l’usine.  Comme ils portaient des masques, je ne su pas tout de suite qu’il s’agissait de ces étranges mammifères.  Heureusement, l'une de mes nombreuses formations antiterroristes comportaient un chapitre de plus de deux heures sur les attaques d’hippopotame. 

Tandis que les premiers d’entre eux se répandaient mollement sur les voitures, je sortis aussitôt ma mini-chaîne à CD avant d’y installer l’arme prescrite dans ce cas de figure : le dernier album de Corneille.  Les hautes fréquences générées par cet artiste peuvent, comme tu le sais, atteindre un degré presque insoutenable pour l’oreille humaine.  Imagine pour de pauvres animaux sans défense.

Sans crier gare – ce qui aurait ajouté au niveau de bruit – les mammifères frappés de terreur se ruèrent vers la sortie de l’usine, bousculant tous les véhicules du stationnement sur leur passage, dans un lugubre vacarme de tôle froissée.  Dieu merci, j’étais parvenu à sauver le feu de camp.  Il serait toujours temps plus tard pour les guimauves.

Un nouveau péril s’annonçait toutefois : les hippopotames se propulsaient vers le fleuve St-Laurent.  Or, il s’agissait d’une race très rare d’hippos, spécialement dressés à l’attaque, mais incapables de nager.  Ils courraient à une mort certaine, en plus de présenter un risque incontournable de pollution aquatique. 

Je ne pouvais quitter le poste de garde et laisser mes guimauves à la merci de quelque raton laveur.  J’usais donc de mes contacts privilégiés auprès de la marine canadienne, qui m’envoya aussitôt un escadron de six porte-avions pour intercepter les malheureuses bestioles.  Hélas, aucun avion ne s’y trouvait pour les cueillir au vol, comme le recommande la procédure b-34, alinéa 27, verset 18, prévue en pareilles circonstances.

Heureusement, les marins disposaient de filets de pêche assez grands pour les capturer.  Tandis que les mammifères avouaient en versant des larmes de crocodile le ténébreux plan de match qu’ils devaient mettre à exécution, ainsi que le nom de la puissance étrangère coupable d’aussi sombres desseins, je fus décoré de la médaille du mérite par la gouverneure générale.

Tu comprendras que je ne puis te révéler l’identité de la puissance étrangère, ni te donner de détails sur la dangerosité de l’opération, pour des raisons évidentes de sécurité nationale.  Sache cependant que tout ce que tu viens de lire est l’exacte vérité.  Si je mens, que Jean Charest devienne impopulaire et l’ADQ moribonde.

À plus, mon Dooper.

Papa Derby 

Pfizer, le gros client de la firme McKinsey qui a géré la « pandémie » au Québec...

Petit rappel pour nos chers normies et autres vaccinocrates : Radio-Canada révélait en 2022 que la firme McKinsey, qui a joué un rôle domina...