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| Djemila Benhabib, auteure engagée |
Les soldats de La Presse
À peine Djemila Benhabib, l’auteure de Ma vie à contre-Coran, avait-elle commencé à faire la promotion de son essai, du reste généralement bien reçu, que deux éminents chroniqueurs de La Presse jugeaient opportun de qualifier ses positions « d’hystériques » et de « catastrophistes ». À quelques exceptions près, les chroniqueurs du quotidien de la rue St-Jacques m’ont rarement impressionné par leur pertinence sur la problématique de l’intégrisme religieux et des accommodements raisonnables, depuis les articles méprisants et biaisés de plusieurs d’entre eux lors de la parution en 2007 des normes de vie d’Hérouxville. Il semble bien que quiconque exerçant un certain rayonnement, s’insurge contre les passe-droit déraisonnables consentis aux minorités ethniques, et pire, recourre au mot lapidation, se voit marqué au fer rouge par ces défenseurs d’une tolérance qui relève davantage d’un idéal chimérique que de la réalité. Il est loin le temps d’Expo 67…
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| Patrick Lagacé : pourquoi s'énerver ? |
Après avoir présenté les différentes dérives islamistes de l’histoire cités dans son livre comme relatées avec « la prose d’un roman Harlequin », et précisé que l’auteure « déconstruit avec une minutie assommante les jeux de coulisses qui ont poussé la Fédération des femmes du Québec à ne pas condamner le port du voile, en 2009 », Patrick Lagacé devait conclure avec ce trait d’esprit : « Je suis désolé, je suis sûrement un «idiot utile» aux yeux de la Jeanne d'Arc Benhabib, mais je ne perçois pas d'islamisation galopante ici, maintenant. Rien qui justifie ce ton hystérique, ces formules alarmistes... » À mon sens, toute l’objection à cette conclusion du chroniqueur tient à ces deux mots, employé par lui : « galopante » et « maintenant». Qu’adviendra-t-il de notre société quand elle sera contaminée par une islamisation plutôt « rampante »… et « prochainement »?
De son côté, peut-être par solidarité éditoriale, devant la levée de boucliers entraînée par les commentaires de son confrère – incluant ceux-là mêmes de son co-animateur des Francs-tireurs, Richard Martineau - Marc Cassivi a pris le relais avec une égale finesse : « Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, de Djemila Benhabib, est un brûlot catastrophiste sur l'Islam, écrit par une musulmane. » S’ensuit une « dénonciation » de la présumée exagération des propos de l’auteure et de la « complaisance » manifestée à son endroit par Guy A Lepage, lors de son passage à Tout le monde en parle. Hormis les réactions épidermiques de Cassivi, aucun argument de fond ne vient torpiller le contenu de l’essai. « Pur » boulot de discrédit.
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| Marc Cassivi : solidaire dans la négation. |
À mes yeux, Djemila Benhabib demeure l’une des rares féministes dignes de respect, parce qu’elle livre un combat véritable en faveur des droits légitimes des femmes et de la tolérance. Sans doute est-elle désormais étiquetée « antiféministe » pour avoir dénoncé aussi ouvertement la position de l’emblématique FFQ, condamnant l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, tolérante envers la burqua et même, désireuse de l’imposer en garderie familiale, au mépris de l’impact d’un tel accoutrement sur des enfants en bas âge. Bien sûr, il ne s’agit pas là « d’islamisation galopante », mais nettement plus sournoise. Faut-il attendre, notre mollesse aidant, d’en arriver à admettre sans broncher les prises de positions d’individus prônant l’asservissement des femmes et l’écrasement des homosexuels ? Quelle sera la prochaine étape ?
Concordia baisse… pavillon !
Mauvais timing. Les propos méprisants des chroniqueurs de La Presse survenaient au moment même où l’université Concordia s’apprêtait à recevoir, Allah sait pourquoi, des représentants de l’Islamic Education and Research Academy (IERA), une organisation britannique ayant pour mission le recrutement à travers le monde en vue de « ramener les non musulmans vers Allah », en prônant notamment « une certaine forme de force physique pour protéger leurs femmes contre le mal » et la criminalisation de l’homosexualité. Il est question ici d’islamisation « rampante » en vue de tenter – plus difficilement, cette fois, n’est pas Tarik Ramadan qui veut – de convertir le plus de gogos possible. Rien pour énerver Lagacé et Cassivi, étant donné que la place Ville-Marie n’a pas été fracassée par un avion.
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| C'est rendu que même la FFQ s'est énervée... |
Devant une levée de boucliers à laquelle même la FFQ et Québec solidaire, dans un imprévisible accès de lucidité, ont participé, l’association étudiante à l’origine de cette curieuse initiative a dû trouver un nouveau lieu de conférence, sans pour autant battre en retraite, tandis que l’Assemblée nationale votait une motion exigeant que le gouvernement Harper refuse l’entrée au Canada des deux conférenciers, « considérant leurs propos homphobes et leurs discours banalisant la violence envers les femmes. » Un seul des deux oracles intégristes s’est présenté, finalement, le 21 octobre au soir.
Comment le meurtre peut-il devenir honorable ?
Cette agitation populaire survient au moment même où débute le procès des Montréalais d’adoption Shafia à Kingston, Ontario, sans doute à l’étranger, aux yeux de nos chroniqueurs métropolitains. Soulignions que ces musulmanes sont mortes noyées, non lapidées : un meurtre tout ce qu’il y a de plus occidental. Peut-être s’agit-il au fond bel et bien d’un accident ? Bien sûr, il y a ce fâcheux incident, relaté dans La Presse : « Des magnétophones installés secrètement dans le véhicule des Shafia après le drame démontrent que le couple a tenu des propos très révélateurs au sujet des défuntes. «Que le diable aille chier sur leur tombe», aurait dit M.Shafia, en signalant qu'elles avaient déshonoré la famille, qu'elles ne valaient pas mieux que les putains qui se tiennent sur le coin des rues, prêtes à monter avec le premier venu. «Des filles en soutien-gorge et petite culotte.»
«Elles nous ont trahis. Elles ont trahi le genre humain. Elles ont trahi l'islam. Elles ont trahi la religion. Elles ont trahi la tradition. Elles ont tout trahi», aurait lancé Mohammad Shafia, qui a également martelé qu'«il n'y a rien de plus important que l'honneur». Sa femme Tooba abondait et Ahmed écoutait. » Mais les apparences sont parfois si trompeuses, comme le fait que l’avant du véhicule des suspects était embouti, et que l’arrière de celui des défuntes l’était tout autant. Gardons-nous bien de sauter trop vite aux conclusions.
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| Famille Shafia : les quatre victimes. |
Bien sûr, les crimes d’honneur ne surviennent pas tous les jours et des recruteurs fanatiques ne déversent pas leurs insanités au Québec chaque semaine. On pourrait ajouter que les cas médiatisés d’accommodements raisonnables restent isolés. Tout cela est très vrai. Mais je souscris entièrement au point de vue exprimé par Djemila Benabib à l’émission de Mario Dumont : c’est petit à petit, en testant notre résistance – flasque – à leur volonté d’imposer leurs valeurs rétrogrades que ces gens parviendront à éroder nos valeurs et notre paix sociale. Peut-être alors la situation sera devenue assez grave pour que certains commentateurs émergent de leur aveuglante zone de confort sans cette fois tirer sur le messager ? « On prend toujours un train pour quelque part», chantait Bécaud. Évitons donc le train islamiste...

























