samedi 22 octobre 2011

Québec : le train islamiste a sifflé trois fois…

Djemila Benhabib, auteure engagée
Comme toute problématique d’importance, l’islam politique connaît des fluctuations d’intérêt et d’indignation auprès de la population québécoise, comme au sein d’autres sociétés occidentales dites civilisées et tolérantes.  Après une relative accalmie, trois événements récents viennent de relancer cette question à l’avant-plan de nos préoccupations citoyennes : la sortie de l’essai de Djemila Benhabib intitulé Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, l’annulation, à l’Université Concordia, d’une conférence prévue par des fanatiques britanniques prônant la maltraitance des femmes adultères et la criminalisation de l’homosexualité, et enfin, la tenue, à Kingston, Ontario, du procès d’un couple et de leur fils, accusés du meurtre de la première femme du mari et de leurs trois filles, pour avoir entretenu des relations condamnées par leur conception si particulière de l’honneur.

Les soldats de La Presse

À peine Djemila Benhabib, l’auteure de Ma vie à contre-Coran, avait-elle commencé à faire la promotion de son essai, du reste généralement bien reçu, que deux éminents chroniqueurs de La Presse jugeaient opportun de qualifier ses positions « d’hystériques » et de « catastrophistes ».  À quelques exceptions près, les chroniqueurs du quotidien de la rue St-Jacques m’ont rarement impressionné par leur pertinence sur la problématique de l’intégrisme religieux et des accommodements raisonnables, depuis les articles méprisants et biaisés de plusieurs d’entre eux lors de la parution en 2007 des normes de vie d’Hérouxville.  Il semble bien que quiconque exerçant un certain rayonnement, s’insurge contre les passe-droit déraisonnables consentis aux minorités ethniques, et pire, recourre au mot lapidation, se voit marqué au fer rouge par ces défenseurs d’une tolérance qui relève davantage d’un idéal chimérique que de la réalité.  Il est loin le temps d’Expo 67…

Patrick Lagacé : pourquoi s'énerver ?
Après avoir présenté les différentes dérives islamistes de l’histoire cités dans son livre comme relatées avec « la prose d’un roman Harlequin », et précisé que l’auteure « déconstruit avec une minutie assommante les jeux de coulisses qui ont poussé la Fédération des femmes du Québec à ne pas condamner le port du voile, en 2009 », Patrick Lagacé devait conclure avec ce trait d’esprit : « Je suis désolé, je suis sûrement un «idiot utile» aux yeux de la Jeanne d'Arc Benhabib, mais je ne perçois pas d'islamisation galopante ici, maintenant. Rien qui justifie ce ton hystérique, ces formules alarmistes... »  À mon sens, toute l’objection à cette conclusion du chroniqueur tient à ces deux mots, employé par lui : « galopante » et « maintenant».  Qu’adviendra-t-il de notre société quand elle sera contaminée par une islamisation plutôt « rampante »… et « prochainement »?

De son côté, peut-être par solidarité éditoriale, devant la levée de boucliers entraînée par les commentaires de son confrère – incluant ceux-là mêmes de son co-animateur des Francs-tireurs, Richard Martineau -   Marc Cassivi a pris le relais avec une égale finesse : « Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, de Djemila Benhabib, est un brûlot catastrophiste sur l'Islam, écrit par une musulmane. »  S’ensuit une « dénonciation » de la présumée exagération des propos de l’auteure et de la « complaisance » manifestée à son endroit par Guy A Lepage, lors de son passage à Tout le monde en parle.  Hormis les réactions épidermiques de Cassivi, aucun argument de fond ne vient torpiller le contenu de l’essai.  « Pur » boulot de discrédit.

Marc Cassivi : solidaire dans la négation.
À mes yeux, Djemila Benhabib demeure l’une des rares féministes dignes de respect, parce qu’elle livre un combat véritable en faveur des droits légitimes des femmes et de la tolérance.  Sans doute est-elle désormais étiquetée « antiféministe » pour avoir dénoncé aussi ouvertement la position de l’emblématique FFQ, condamnant l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, tolérante envers la burqua et même, désireuse de l’imposer en garderie familiale, au mépris de l’impact d’un tel accoutrement sur des enfants en bas âge.  Bien sûr, il ne s’agit pas là « d’islamisation galopante », mais nettement plus sournoise.  Faut-il attendre, notre mollesse aidant, d’en arriver à admettre sans broncher les prises de positions d’individus prônant l’asservissement des femmes et l’écrasement des homosexuels ?  Quelle sera la prochaine étape ?

Concordia baisse… pavillon !

Mauvais timing.  Les propos méprisants des chroniqueurs de La Presse survenaient au moment même où l’université Concordia s’apprêtait à recevoir, Allah sait pourquoi, des représentants de l’Islamic Education and Research Academy (IERA), une organisation britannique ayant pour mission le recrutement à travers le monde en vue de « ramener les non musulmans vers Allah », en prônant notamment « une certaine forme de force physique pour protéger leurs femmes contre le mal » et la criminalisation de l’homosexualité.  Il est question ici d’islamisation « rampante » en vue de tenter – plus difficilement, cette fois, n’est pas Tarik Ramadan qui veut – de convertir le plus de gogos possible.  Rien pour énerver Lagacé et Cassivi, étant donné que la place Ville-Marie n’a pas été fracassée par un avion. 

C'est rendu que même la FFQ s'est énervée...
Devant une levée de boucliers à laquelle même la FFQ et Québec solidaire, dans un imprévisible accès de lucidité, ont participé, l’association étudiante à l’origine de cette curieuse initiative a dû trouver un nouveau lieu de conférence, sans pour autant battre en retraite, tandis que l’Assemblée nationale votait une motion exigeant que le gouvernement Harper refuse l’entrée au Canada des deux conférenciers, « considérant leurs propos homphobes et leurs discours banalisant la violence envers les femmes. »  Un seul des deux oracles intégristes s’est présenté, finalement, le 21 octobre au soir.

Comment le meurtre peut-il devenir honorable ?

Cette agitation populaire survient au moment même où débute le procès des Montréalais d’adoption Shafia à Kingston, Ontario, sans doute à l’étranger, aux yeux de nos chroniqueurs métropolitains.  Soulignions que ces musulmanes sont mortes noyées, non lapidées : un meurtre tout ce qu’il y a de plus occidental.  Peut-être s’agit-il au fond bel et bien d’un accident ?  Bien sûr, il y a ce fâcheux incident, relaté dans La Presse : « Des magnétophones installés secrètement dans le véhicule des Shafia après le drame démontrent que le couple a tenu des propos très révélateurs au sujet des défuntes.  «Que le diable aille chier sur leur tombe», aurait dit M.Shafia, en signalant qu'elles avaient déshonoré la famille, qu'elles ne valaient pas mieux que les putains qui se tiennent sur le coin des rues, prêtes à monter avec le premier venu.  «Des filles en soutien-gorge et petite culotte.»

«Elles nous ont trahis. Elles ont trahi le genre humain. Elles ont trahi l'islam. Elles ont trahi la religion. Elles ont trahi la tradition. Elles ont tout trahi», aurait lancé Mohammad Shafia, qui a également martelé qu'«il n'y a rien de plus important que l'honneur». Sa femme Tooba abondait et Ahmed écoutait. »  Mais les apparences sont parfois si trompeuses, comme le fait que l’avant du véhicule des suspects était embouti, et que l’arrière de celui des défuntes l’était tout autant.  Gardons-nous bien de sauter trop vite aux conclusions.

Famille Shafia : les quatre victimes.
Bien sûr, les crimes d’honneur ne surviennent pas tous les jours et des recruteurs fanatiques ne déversent pas leurs insanités au Québec chaque semaine.  On pourrait ajouter que les cas médiatisés d’accommodements raisonnables restent isolés.  Tout cela est très vrai.  Mais je souscris entièrement au point de vue exprimé par Djemila Benabib à l’émission de Mario Dumont  : c’est petit à petit, en testant notre résistance – flasque – à leur volonté d’imposer leurs valeurs rétrogrades que ces gens parviendront à éroder nos valeurs et notre paix sociale.  Peut-être alors la situation sera devenue assez grave pour que certains commentateurs émergent de leur aveuglante zone de confort sans cette fois tirer sur le messager ?  « On prend toujours un train pour quelque part», chantait Bécaud.  Évitons donc le train islamiste...

mardi 18 octobre 2011

Pouvons-nous accepter l’acquittement d’Armande Côté ?

Une femme détient-t-elle désormais le droit de tuer
un homme impunément au Québec ?
Une terrible page de notre histoire judiciaire a été tournée : une femme vient de se voir  acquittée du meurtre de son mari.  Jusqu’ici, au Québec, une femme pouvait en toute impunité accuser faussement un homme de violence conjugale ou d’agression sexuelle sans être le moins du monde inquiétée.  Demandez à n’importe quel policier ou magistrat, il sera contraint d’admettre cette évidence.  Le délit de méfait public sanctionne en théorie ce type d’infraction, mais la gent féminine semble au-dessus des lois et certaines peuvent, avec les intentions les plus malveillantes, ruiner l’existence d’un homme.  Il s’avère bien que, dorénavant, pour peu que les policiers soient assez maladroits, des femmes puissent désormais aussi y mettre un terme.

J’ai beau croire et défendre la présomption d’innocence, il y a toujours des limites.  Armande Côté avait avoué et décrit son crime sur bande vidéo.  Les policiers avaient découvert que le coup de feu fatal avait été tiré à travers une fenêtre de la maison, dont Côté était la seule autre occupante, à l’aide d’une arme appartenant à la victime.  Malheureusement, ces preuves ont été  recueillies illégalement.  À regret, le juge de première instance, Guy Cournoyer, cité dans le Nouvelliste du 30 novembre 2007, devait affirmer, après avoir ordonné l’arrêt des procédures devant une preuve si incriminante rendue caduque par la balourdise policière : « Il est regrettable qu’en 2007, un tribunal soit encore forcé de rendre une telle décision. »  Voilà un commentaire qui en dit long sur l’issue probable du procès, s’il avait pu se dérouler. 

Quand même ses alliées la croient coupable…

Même les trois sœurs d’Armande Côté, qui se portaient pourtant à sa défense, ont reconnu implicitement la culpabilité de l’accusée : « La violence psychologique, c’est pire qu’une tape sur la gueule » s’était exclamée l’une d’elles, citée dans le Journal de Montréal du 25 juillet 2006, peu après le meurtre. « C’est sûr qu’elle n’avait pas toute sa tête ! Sûr ! Sûr !  Armande, c’est une femme qui est droite. » À quelle occasion, pensez-vous, n’avait-elle pas eu toute sa tête, à l’achat d’une robe à grosses fleurs fluorescentes ?  L’institut Philippe Pinel, que l’on ne peut en aucun cas soupçonner d’antiféminisme ni de sévérité indue envers les femmes, devait pourtant la tenir responsable de ses actes, dans son évaluation psychiatrique.  Armande Côté aurait donc non seulement pu être reconnue coupable, mais également d’avoir agi en toute lucidité.

Les soeurs Hogue ont vigoureusement 
défendu la mémoire de leur père.
Les filles de la victime, Stéphanie et Marie-Claude, ont eu beau monter aux barricades contre les affirmations des trois sœurs Côté, les médias ont propulsé la thèse du syndrome de la femme battue qui, ainsi que je l’expliquais dans ma chronique précédente en citant Yvon Dallaire, ne repose sur aucun fondement scientifique.

« Y a beaucoup de femmes qui subissent de la violence, mais quand c’est les hommes qui en sont victimes, y a rien qui sort. » affirmait l’une des soeurs dans le même journal, dès le 26 juillet 2006 devant cette consternante inversion des rôles. Marie-Claude, la fille aînée de la victime, ajoutait : « Je n’ai pas envie qu’on salisse Armande. Mais ce qu’on a lu et entendu ne reflète pas la vérité. » Et la cadette de renchérir : « Ce qu’on voit, c’est que c’est lui le méchant, que c’est lui qui a provoqué ça. Je ne suis pas d’accord ! C’est lui la victime ! » Les deux sœurs d’André Hogue confirmaient par ailleurs avec conviction la perception de ses filles. 

Cinq ans plus tard, Nathalie Villeneuve, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, devait à nouveau inverser les rôles d’agresseure et de victime dans cet extrait du Journal de Montréal du 15 octobre que je citais hier : « Ce qui amène une femme à tuer son conjoint, c’est toute l’impuissance qu’elle vit. » Notez qu’elle reconnaît elle aussi Côté comme l’auteure du meurtre.  Elle ajoutait effrontément : « La violence psychologique blesse autant, sinon plus que la violence physique.  Elle reste dans la tête et elle ne s’oublie pas. »

On peut protester

Aux yeux des féministes radicales,
la vie d'un homme importe peu,
devant l'autel de fausses croyances.
J’ai beau me dire qu’une chronique reste un geste citoyen en soi, cette fois, j’ai senti le besoin de faire connaître mon appréciation personnelle de la prise de position de  Mme Villeneuve à l’intéressée elle-même :

« J'ai pris connaissance de vos propos concernant l'affaire Armande Côté dans le Journal de Montréal et franchement, je ne vous en félicite pas.  Ce n'est pas suffisant que les deux filles de la vraie victime, en l'occurrence André Hogue, doivent faire le deuil de leur père, mort dans les circonstances les plus tragiques qui puissent se concevoir.  Ce n'est pas assez qu'elles doivent admettre que sa meurtrière probable s'en tire impunément.  Il faut en prime que vous jetiez de l'huile sur le feu en insinuant qu'Armande Côté était victime de violence psychologique, quand les deux soeurs ont répété que leur père était un homme doux et paisible.

Comment pouvez-vous vous montrer asservie par une idéologie aussi déviante au point de formuler des accusations aussi abjectes sans preuves ?  Non seulement une accusée évite-t-elle un procès - et probablement un verdict de culpabilité - mérité, mais vous avez l'étourderie, pour ne pas dire l'inhumanité, de tourmenter les enfants de la victime.  Avez-vous un coeur, Madame, ou le credo du syndrome de la femme battue, thèse qui ne repose sur aucun fondement scientifique, en a-t-il pris la place ?  Vous avez souillé la mémoire d'un honnête homme sur la place publique, c'est sur la place publique que vous devez présenter des excuses.  Et le plus tôt sera le mieux. »

Il faut aller plus loin !

La sympathique Me Carole Gladu.
Nul doute que Mme Villeneuve mérite la réprobation la plus définitive, mais ce n’est tout de même pas elle qui fait les lois.  Le commentaire de l’une des avocates d’Armande Côté, Me Carole Gladu, cité dans le Journal de Montréal du 15 octobre a par ailleurs de quoi glacer le sang, par sa persistance manifeste à vouloir transformer Armande Côté en victime du système : « (...) Nous sommes même très contentes du verdict d'acquittement. Nous avions été extrêmement déçues de l'interprétation des juges à la Cour d'appel.»  J’ai beau savoir qu’il existe des avocats intègres et bons, il me semble toujours, à la lecture de tels commentaires, qu’une totale sécheresse de cœur et un mercantilisme immodéré, subordonnés à la cause la moins défendable, demeurent des atouts pour qui veut faire une longue carrière dans ce domaine frelaté.

Devant pareille errance légale et humaine, pour ne pas dire humaniste, devons-nous laisser faire sans réagir ?  Faut-il accepter les faits comme une aberration de plus dans une interminable succession ?  Sinon, comment pouvons-nous intervenir, en tant que citoyens ?  Les contestataires du verdict Turcotte n’auraient-ils pas là matière à ressortir pancartes et porte-voix ?  La moindre des choses serait sûrement de communiquer son opinion au ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier.  C’est peu, mais ça reste un début.  La somme des commentaires pourrait cependant tirer une sonnette d’alarme.

Car un très fâcheux précédent vient d’être créé au Québec : un citoyen, bon et irréprochable, nous disent ses filles et ses sœurs, a été abattu !  La principale suspecte, acquittée, a admis les faits, même si la preuve recueillie a été refusée.  Il y a tout lieu de croire qu’un homme peut être tué par une femme, dans notre belle province, sans que cette dernière n’ait à répondre de ses actes.  Messieurs, si vous envisagez la vie à deux, renoncez à vos armes de chasse…

Comme d'avec le clergé du temps jadis, l'État devra se séparer du féminisme radical.
Plus qu’une aberration légale, ce triste épisode trahit en filigrane l’idéologie misandre qui interfère avec le sain exercice de la Justice.  Le commentaire de Nathalie Villeneuve en dit long sur cette horrible mentalité.  Malheureusement, cette féministe ne représente pas un cas isolé : cette façon de voir est « propre » à toute militante radicale.  À travers le procès évité d’Armande Côté, c’est celui du féminisme d’État qu’il importe impérativement d’envisager : en cet incertain mois d’octobre, son influence déviante vient de cautionner un pouvoir mortel.

lundi 17 octobre 2011

Armande Côté a-t-elle commis un meurtre légal ?

Armande Côté, veuve joyeuse ?
La Cour suprême du Canada a tranché : malgré une preuve accablante, elle conclut que les droits d’Armande Côté ont été bafoués lors de son arrestation à l’occasion du meurtre de son mari, André Hogue, abattu dans le gazébo attenant à la maison du couple, à Pierreville.  La veuve n’aura donc pas à subir de procès et se trouve désormais libre comme l’air.

La Cour reproche aux représentants de l’ordre d’avoir effectué une fouille illégale de la maison, sous le prétexte d’une mesure de routine pour assurer la sécurité des lieux, d’avoir violé systématiquement le droit de Côté de garder le silence, de n’avoir informé cette dernière de son droit à un avocat que cinq heures après sa détention, de ne l’avoir prévenue qu’elle était un témoin important qu’après que les policiers aient affirmé sous serment croire à une tentative de meurtre, d’avoir commis des violations « systématiques et délibérées » de ses droits constitutionnels, d’avoir induit en erreur un officier de justice afin d’obtenir des mandats de perquisition, d’avoir manqué de franchise en vue de minimiser la gravité de leurs actes et d’avoir recueilli une preuve en violation de la Charte des droits et libertés.  Quel palmarès !

L'une des filles de la victime.
Bref, à part les avoir reconnus coupables du meurtre de la victime, rien ne leur a été épargné, ce qui a inspiré cette déclaration à Stéphanie Hogue, fille de l’homme abattu, citée dans le Journal de Montréal du 15 octobre : « Mon père en étant assassiné comme il l’a été, son premier droit selon la Charte, c’est le droit à la vie, et ça n’a pas été respecté.  Et au-delà de tout ça, la personne s’en sort. »  En effet, dans ce cas-ci, les droits de la victime ont de toute évidence été rétrogradés au profit de ceux de l’accusée.  « C’est le procès des policiers qu’ils ont fait, ajoutait la jeune femme, ce n’est pas le procès d’Armande Côté qu’ils ont fait. »  Sa sœur, Marie-Claude, a renchéri : « Ils ont fait leur travail.  Ce ne sont pas les policiers qui ont tué mon père. »

La question

Robert Poëti, chroniqueur et ancien policier, pose dans la même édition du Journal cette question cruciale : « Du point de vue juridique, je suis en accord avec la gravité des actes reprochés aux policiers, mais j’ai une seule question : ces agissements policiers sont-ils plus graves que les agissements d’une personne soupçonnée d’enlever la vie à un autre être humain ? »  La Cour suprême, dans une décision opposant une seule voix à huit autres, déterminantes, a statué que oui. 

À cette question, j’ajouterais celle-ci, déjà posée dans la chronique exhaustive que j’avais consacrée à l’affaire Côté en août dernier : « Il serait judicieux de se demander si, Charte des droits et libertés ou pas, un verdict d’acquittement aurait pu être prononcé dans un cas similaire, mais où l’accusé aurait été un homme, et la victime, une femme. » 

André Hogue, véritable victime
Devant les propos insidieux tenus à l’époque du meurtre par les trois sœurs de l’accusée, à l’effet qu’Armande Côté aurait été victime de violence psychologique, allégations aussitôt démenties par les filles et les deux sœurs de la victime, j’avais ajouté : « Quant à la déshonorante inversion des rôles de victime et d’agresseur, inutile de dire que les médias ne s’en seraient jamais faits les complices. Lorsqu’en plus de mourir par une main criminelle, un homme voit sa mémoire souillée publiquement, c’est comme si on l’assassinait deux fois. Quand de surcroît son agresseur, quel qu’il soit, reste impuni, c’est à se demander ce que vaut la vie humaine, aux yeux de notre système, quand elle n’est « que » masculine… »

Une féministe souille la mémoire de la victime

Les filles et les deux sœurs d’André Hogue ont toujours soutenu que cet homme était foncièrement bon et inoffensif, voire même victime de sa générosité envers Armande Côté.  Aujourd’hui, Marie-Claude et Stéphanie Hogue se sentent isolées, abandonnées par le système judiciaire.  Comme si elles n’étaient pas suffisamment éprouvées, Nathalie Villeneuve, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a jugé opportun de tourner le fer dans la plaie en tenant ces propos abjects, toujours cités dans la même édition du Journal : « Ce qui amène une femme à tuer son conjoint, c’est toute l’impuissance qu’elle vit. » Réalise-t-elle qu’elle reconnaît implicitement Armande Côté comme l’auteure du meurtre ? 

Non contente d’avoir jugé la victime, la « militante » en remet : « La violence psychologique blesse autant, sinon plus que la violence physique.  Elle reste dans la tête et elle ne s’oublie pas. »  Bravo, Mme Villeneuve, vous venez d’illustrer votre propos en faisant preuve de la plus cruelle violence psychologique envers les filles de la vraie victime.  Je demeure persuadé que, comme vous l’affirmez, elle restera dans leur tête et qu’elles ne vous oublieront pas !  Maintenant, des excuses publiques à ces femmes bouleversées seraient la moindre des courtoisies.

Syndrome de la femme battue : l’idiotie utile

Côté, lors de son arrestation.
Marie-Claude Hogue déclarait le 26 juillet 2006 : « On n’a jamais connu de violence quand il (son père) vivait avec notre mère. Et moi, je ne crois pas que cette femme (Armande) soit atteinte du syndrome de la femme battue. »  Argument très populaire dans la défense de femmes accusées du meurtre de leur conjoint, le syndrome de la femme battue ne repose sur aucune base scientifique, comme le constate le psychologue Yvon Dallaire dans son essai intitulé La violence faite aux hommes .[1]

Robert Sheaffer, un chercheur cité par l’auteur, identifie quinze failles qui invalident le syndrome de la femme battue, concocté par Lenore E Walker, animatrice et auteure[2].  Parmi celles-ci, Sheffer mentionne que cette thèse s’appuie sur des mythes féministes acceptés sans conditions ni questionnements et sur un échantillonnage peu représentatif, qu’elle expose des données chiffrées contradictoires, ne repose que sur des recherches favorables à cette vision tout en ignorant celles qui la contredisent, part du principe qu’une femme ne peut mentir (eh oui !), présente des anecdotes comme des faits scientifiques et des conclusions qui ne s’appuient sur aucunes réelles statistiques.   Pour couronner le tout, le harcèlement verbal, l’humiliation psychologique et la critique, dans un contexte de violence conjugale demeurent des prérogatives exclusivement masculines, malgré la pléthore d’enquêtes qui établissent la parité.

Yvon Dallaire,
psychologue et auteur
Sheaffer, déplore que le syndrome soit accepté par les associations de psychiatres, de psychologues et par d’autres spécialistes en relations d’aide.  On pourrait ajouter policiers et juristes.  Dallaire explique : « Ce sont les éléments de ce syndrome que les intervenants pro-féministes utilisent pour décrire les réactions psychologiques de la femme battue et tenter de démontrer la responsabilité exclusive de l’homme dans la genèse de la violence conjugale.  À noter que l’équivalent, le syndrome de l’homme battu, n’existe pas dans les manuels de psychiatrie ou de psychopathologie, malgré la réalité de ce phénomène. »[3]

Devant la tournure des événements qui font d’Armande Côté une femme dorénavant libre, bien que même les rares personnes à la défendre, ses trois sœurs comme Nathalie Villeneuve, aient reconnu implicitement sa culpabilité, il est permis de se demander dans quelle mesure, de façon directe ou indirecte, cette lubie féministe qu’est le syndrome de la femme battue n’a pas pesé dans la balance déréglée de la justice devant la décision ahurissante de la Cour suprême.

Il semble clair que, comme le mentionnait Stéphanie Hogue, les droits de son père, la victime, aient pesé beaucoup moins lourd que ceux de l’accusée.  Pour ajouter l’injure à l’infamie, en vertu d’une idéologie déviante, des êtres sans scrupule, ni éthique, comme les Nathalie Villeneuve et autres féministes misandres de ce monde, se permettent de condamner un homme lâchement assassiné.  Alors qu’Armande Côté, bien vivante, aura évité son procès, André Hogue, décédé, aura subi le sien.  Dans son cas, la peine de mort aura précédé le verdict de culpabilité.


[1] Yvon Dallaire, La violence faite aux hommes : une réalité taboue et complexe, Éditions Option santé, Québec, 2002, 63 p.
[2] Lenore E Walker, The Battered Woman, Harper Colophon Books, New York, 1979.
[3] Yvon Dallaire, La violence faite aux hommes : une réalité taboue et complexe, Éditions Option santé, Québec, 2002, p. 39.

vendredi 14 octobre 2011

Meurtre d'enfants : responsabilité de la mère et pouvoir du père

Le lieu du drame.
À moins de vivre dans un placard, vous avez eu vent de ce fait divers nous apprenant qu’une mère de Saint-Eustache a été empêchée juste à temps par son conjoint de tuer ses deux enfants : l’aîné, âgé de six ans, par noyade, le cadet, âgé de quatre ans, par électrocution.  Ce sont les cris des gamins qui ont permis à leur père d’intervenir à temps, avant de signaler le 911.  Les enfants comme la mère ont été hospitalisés et ont été déclarés en bonne santé.  La femme de 31 ans serait dépressive, ce qui ne l’empêchera pas de subir un procès pour tentative de meurtre.  Il est à noter qu’il s’agit ici d’une tentative de meurtre, et non, comme on le croit généralement, d’infanticide. 

Selon Jacques Marleau, chercheur à l’Institut Philippe Pinel de Montréal, dont les propos sont résumés dans le blog Chroniques d'une criminologue : « (…) en droit canadien, seule une mère peut être accusée d’infanticide, qui constitue le fait d’assassiner son enfant duquel elle ne s’est pas remise de la naissance ou de l’allaitement. Souvent, ce sont les femmes atteintes d’une dépression post-partum qui commettent un tel geste. Un père, quant à lui, serait accusé de meurtre s’il assassinait son enfant, comme dans le cas du Dr. Guy Turcotte. »  Étant donné l’âge des enfants, le terme d’infanticide serait donc une impropriété, même commis par une mère dépressive, mais un éclairage légal supplémentaire serait le bienvenu.

L’avocate criminaliste Véronique Robert, citée dans le même bloque, ajoute : « Alors que la peine pour le meurtre est la prison à perpétuité, avec une possibilité de libération conditionnelle après 25 ans dans le cas du meurtre au premier degré, et avec une possibilité de libération conditionnelle après 10 à 25 ans dans le cas du meurtre au second degré, la peine pour le crime d’infanticide est de 5 ans maximum. »  Ne perdons pas de vue qu’il ne s’agit ici « que » d’une tentative de meurtre sur des enfants, mais un verdict de culpabilité pourrait vraisemblablement entraîner des conséquences plus lourdes pour l’accusée que dans le cas d’une tentative d’infanticide.
Quatre questions
Le père peut-il toujours empêcher
l'irréparable ?
J’ai rarement l’habitude de commenter à froid un événement aussi dramatique quand il vient de se produire : tant de circonstances méconnues, de témoignages surprises, peuvent donner un tour imprévu à un tel drame que je préfère généralement laisser retomber la poussière avant de prendre position.  Un lecteur m’a cependant envoyé quatre questions qui m’ont interpellé, au point où j’ai jugé pertinent non seulement de lui répondre de façon informelle, mais également d’en faire le sujet de cette chronique.  Les voici :
1- La force d’un homme, d’un père, a-t-elle encore et toujours de l’importance ?
Si la force physique d’un père peut empêcher une mère d’attenter aux jours de ses enfants et qu’il  reste malgré tout suffisamment crédible pour que les policiers repartent avec la meurtrière potentielle plutôt qu’avec lui, il ne s’agit en aucun cas d’une règle absolue.  Le cas de Benoît Bausson, auquel j’ai déjà consacré une  chronique, démontre avec un regrettable éclat comment, même appuyé de preuves irréfutables, cet homme n’a jamais été pris au sérieux par la DPJ quand il a voulu alerter cet organisme du danger que son ex-conjointe faisait courir à sa fille souffrant d’hypothyroïdie. 
Le père a-t-il seulement le pouvoir d'être écouté ?
La mère sous médicamentait en effet son enfant au point où, devant sa santé fragilisée, elle arrivait à soutirer à l’État une subvention pour personnes handicapées.  Il n’aurait suffi à l’intervenante que d’un simple coup d’œil aux bordereaux de renouvellement présentés par Bausson pour constater que le médicament de la petite n’était renouvelé qu’aux deux mois quand il aurait dû l’être à chaque mois.  Malgré une victoire en première instance accordant au père la garde de son enfant, une décision en appel devait renverser le verdict : l’enfant est restée sous la férule de la mère.  Cet épisode, qui n’a rien de bien exceptionnel au plan de la fréquence, illustre à quel point la parole du père n’a que peu de poids aux yeux de l’État, même devant la mère la plus dénaturée.
2. La violence féminine n’est-elle pas démontrée ?
Je n’en reviens pas de constater combien, malgré statistiques, études et faits divers de tout acabit, la conviction voulant qu’une mère ne soit pas capable de tuer ses enfants reste aussi obsessionnelle auprès d’esprits aussi obstinés que réactionnaires.  Même quand l’intention criminelle est clairement démontrée, vous trouverez toujours des bonnes âmes, comme Jacques Marleau, cité plus haut, pour propager une interprétation déresponsabilisante du meurtre d’enfants quand il est commis par la mère.  Ce chercheur déclarait dans Le Journal de Montréal du 17 août 2006, que les pères tuaient davantage par vengeance tandis que les mères agissaient plus souvent « par motivation altruiste afin d’éviter à l’enfant des souffrances réelles, anticipées ou amplifiées ».  Cette interprétation pourrait bénéficier à la mère du fait divers et laisser entendre que le père ne serait pas irréprochable. 
La cruauté maternelle, ce tabou...
Bref, même contraints d’admettre les faits objectifs et statistiques, il y aura toujours des bien pensants pour excuser l’inexcusable et amoindrir la responsabilité féminine envers un crime pour lequel ils se montreront implacables lorsqu’il sera commis par un homme.  J’ai démontré, plusieurs exemples à l’appui, l’invraisemblance de cette idéologie dans ma chronique intitulée Infanticide maternel : la mythe de la motivation altruiste.
3. Le traitement médiatique sera-t-il égal à celui du docteur Turcotte ?
Non, tout simplement parce que Turcotte a tué ses enfants de la façon la plus insoutenable, alors que la mère accusée ici en a été empêchée in extremis.  Le cas de Turcotte aura autant attiré l’attention médiatique par la violence extrême des meurtres que par son acquittement, qui a révolté un grand nombre de citoyens.  À noter, à impact équivalent, le cas de Cathy Gauthier, très médiatisé en raison de l’empoisonnement mortel de ses trois enfants, et du pacte de suicide conclu entre elle et son conjoint.  Bien qu’étant femme, et qu’un homme aurait été impliqué dans les meurtres, la Saguenayenne s’est tout de même vue condamnée en 2009 à la prison à perpétuité, même en appel.  Cette décision m’a surpris : j’aurais juré qu’on aurait rendu le conjoint principal responsable du drame, en plus d’avoir contraint sa faible femme à participer à l’irréparable.  Commencerait-on à considérer les meurtrières responsables de leurs actes ? 
4. Verra-t-on un groupe d’hommes se former pour faire des pressions pour criminaliser ce geste ?
Cathy Gauthier : coupable.
Très bonne question, à la suite de la précédente, concernant Turcotte, puisqu’elle implique le concept d’intention criminelle ou de préméditation.  Sans doute le but du procès sera d’établir cette dernière dans ce cas précis.  Après tout, même devant l’atrocité des meurtres du cardiologue, la préméditation a été rejetée en raison du doute raisonnable soulevé par les experts témoignant au procès.  Nul ne pourra jamais affirmer que Turcotte ne savait pas ce qu’il faisait, mais rien ne permet de déterminer le contraire, même si la mort de deux enfants sans défense nous révolte. 
Malgré le fait que Cathy Gauthier ait écopé de la sentence la plus sévère et que la clémence accordée à Turcotte ait soulevé une vague d’indignation dont on n’entend plus l’écho aujourd’hui, il subsiste toujours cette perception à l’effet que la justice se montre plus clémente envers les meurtrières qu’envers les meurtriers.  L’acquittement d’Armande Côté du meurtre de son mari, confirmé hier par la Cour suprême, malgré une preuve accablante mais recueillie illégalement par des policiers maladroits, reste un cas qui alimente fortement cette perception. 
Guy Turcotte : le dilemme de la préméditation.
Les groupes d’hommes ont été démonisés dès leur apparition, en partie à cause de la révolte mal contenue de quelques interlocuteurs, mais surtout en raison du salissage systématique de la part des groupes féministes et du silence ou de la banalisation de leurs revendications par les médias.  S’ils veulent se positionner dans ce débat, ces groupes devront solliciter ou continuer à développer des alliances avec des intervenants crédibles, mais surtout, aspirer à un équilibre entre une juste sévérité excluant les sentences trop clémentes, et le nécessaire constat, dans certains cas, de pathologies ingérables comme la schizophrénie, par exemple.  Une réelle reconnaissance de la parité homme femme dans le crime comme au plan de l’intention criminelle, en dehors de toute idéologie toxique et réactionnaire, demeure toutefois un objectif incontournable.

lundi 10 octobre 2011

1999 : Statistique Canada révélait la parité en violence conjugale

Les femmes aussi peuvent frapper...
Le bogue de l’an 2000 a sans doute paru devancé d’une année aux yeux des féministes radicales quand elles découvrirent les résultats de l’Enquête sociale générale (ESG) de 1999 sur la violence conjugale.  C’était en effet la première fois que Statistique Canada interrogeait enfin un échantillonnage égal d’hommes et de femmes sur cette triste réalité.  Auparavant, seules les femmes étaient interpellées, avec le résultat que le public ne disposait que de la moitié des informations afin de se faire une opinion globale de l’étendue du fléau.  Bien sûr, cette méthodologie nécessairement biaisée avait pour résultat de fausser la réalité en ne présentant les hommes que comme des prédateurs et les femmes, que comme leurs éternelles victimes.

Un premier constat avait de quoi bouleverser cette perception aussi caricaturale qu’erronée : pour la première fois de son histoire, à échantillonnage égal, Statistique Canada découvrait que la violence conjugale était autant exercée par les femmes que par les hommes.  Les féministes misandres durent multiplier scènes de protestations et d’indignation, non sans un certain succès, puisque d’étranges mises en garde venaient manifestement banaliser ou minimiser la portée des résultats.  Examinons donc les réactions d’alors à cette page d’histoire…
  
Des résistances au changement…

Une question part le bal :  « Comme l'ESG démontre que les femmes sont aussi violentes que les hommes, pourquoi entendons-nous alors toujours parler de la violence faite aux femmes? »  D’étonnants éléments de réponses suivent, accompagnés de mes commentaires, en gras : 

Une grande question, de petites réponses...
« Tout d’abord, l'ESG ne reflète pas fidèlement la prédominance de la violence à l'endroit des femmes. L'examen d'autres enquêtes, aussi menées par Statistique Canada, nous présente une image plus exacte de la situation. Alors que Statistique Canada ne disposait pas de données concernant les hommes, comment pouvoir parler d’image plus exacte de la situation ?  Saviez-vous, par exemple, que l'ESG de 1993, comparativement à l'Enquête de 1993 sur la violence envers les femmes, mesurait à peine la moitié de la violence réellement vécue par les femmes? Tandis qu’elle ne mesurait aucune des deux moitiés de la même réalité vécue par les hommes.  Déconcertant sens mathématique chez des statisticiens ! L'ESG, de toute évidence, ne saisit pas toute l'ampleur de la violence faite aux femmes. La suite de ces interventions prouvera que ce commentaire s’avère tout aussi valable envers les hommes…

Deuxièmement, les femmes les plus victimisées n'ont pas participé à l'ESG qui excluait les femmes en transition, les femmes dans des refuges, les femmes qui tentent d'échapper à la violence, les femmes sans-abri et pauvres, les femmes qui n'ont pas le téléphone, les femmes malentendantes et qui ont des difficultés d'élocution et les femmes qui ne parlent ni français, ni anglais. (…) D'autres enquêtes ont démontré que ces femmes connaissent de multiples formes de violence.

Comme il n’existe aucune maison de transition ni de refuge pour hommes victimes de violence conjugale, bien que le besoin demeure manifeste, il deviendrait facile, voire malhonnête, de prétendre que ces derniers n’ont vécu aucune exclusion, puisqu’ils sont exclus de facto.  Et que dire des hommes sans abri, trois fois plus nombreux que les femmes, et de la pauvreté vécue par les chômeurs et assistés sociaux, également plus nombreux chez les hommes ?  On semble par ailleurs vouloir se convaincre que seules des femmes seraient privées de téléphone, souffriraient de problèmes auditifs ou de difficultés d’élocution, ou ne parleraient ni français, ni anglais.  Comment imaginer que de tels handicaps, ignorances ou privations ne soient que l’apanage des femmes ? Le misérabilisme rivalise ici avec l’invraisemblance.

L'itinérance, d'abord une affaire de femmes ?
Troisièmement, l'ESG mesure la violence conjugale sur une période de cinq ans et de 12 mois précédant l'enquête. Ainsi, une femme victime d'agressions sexuelles ou physiques dans son enfance n'est pas dénombrée. Pas plus qu'une femme victime de violence avant la période de cinq ans visée par l'enquête.  Ne peut-on pas affirmer exactement la même chose pour les hommes ?  Franchement, défaire pareil argumentaire est trop facile…

Quatrièmement, l'ESG porte principalement sur la violence conjugale et ne prend donc pas en considération toutes les autres formes de violence vécues par les femmes dans leurs relations intimes, p. ex. la violence dans les fréquentations, la violence des souteneurs, des clients, des trafiquants ou le harcèlement sexuel au travail, le viol par un étranger ou une connaissance, ou la violence vécue dans la vie de tous les jours.  La violence dans la vie de tous les jours peut devenir un champ d’investigation des plus vastes…  On pourrait à ce moment également compiler les agressions sexuelles infligées aux garçons, enfants comme adolescents, la violence subie par les jeunes hommes, notamment dans un contexte de délinquance ou de gangs de rue, sans compter les métiers à risque, dont ceux de policier ou de soldat, où les hommes demeurent majoritaires.

Cinquièmement, même dans le contexte de la violence conjugale, les chiffres définitifs de l'ESG sur la violence conjugale ne tiennent pas compte des données sur la violence psychologique. Cela signifie que les deux formes de violence sont traitées sur une base distincte alors que, dans les faits, elles sont interreliées, une forme de violence étant souvent une source d'exacerbation qui mène à la seconde. »

Certaines frappent avec des mots...
S’il est exact que les deux formes de violence sont interreliées, on voit mal comment les auteurs peuvent présumer que les femmes en soient les principales ou les seules victimes, en l’absence même de données.  Plusieurs enquêtes ont démontré que les femmes restent les premières à exercer la violence psychologique.  En 2005, des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières, de l’Université d’Ottawa et de l’Université Laval confirmaient cette perception dans leur étude intitulée Les comportements de violence psychologique chez les jeunes couples : un portrait dyadique. Sur les 259 couples, âgés entre 18 et 35 ans, ciblés par l’enquête, 44 % des hommes et une majorité de 55 % des femmes avaient admis avoir exercé de la violence psychologique.

Le grand mensonge

On pouvait donc constater, dès 1999, que la résistance à la reconnaissance de la parité homme femme en violence conjugale n’avait d’égale que la grande pauvreté des arguments avancés en vue de l’invalider.  Mais qu’en est-il de nos jours ?  Au Québec, pourtant considéré par trois ESG consécutives comme la province la moins affectée par la violence conjugale, l’Institut national de la santé publique y allait lui aussi de sa « mise en garde » en 2009, après avoir réitéré sa conviction que les femmes demeuraient les principales victimes de la violence conjugale : « Attention : les données de l'ESG de 2004 concernant la prévalence de la violence conjugale suggèrent que les femmes sont aussi violentes que les hommes. Ces données doivent être utilisées avec prudence et discernement car elles reposent sur une méthodologie controversée.  Sans doute fait-on ici allusion à l’échantillonnage enfin égalitaire…  Notons que l’ESG de 2004 confirmait la parité révélée dès 1999.

Suit ce gros mensonge : 17 321 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal ont été rapportées à la police en 2008. Ces crimes ont fait 14 242 victimes féminines (82 %) et 3079 victimes masculines (18 %). »  Une telle affirmation est malhonnête et misandre pour deux raisons : on fait passer de simples signalements pour des agressions sanctionnées par des verdicts de culpabilité, ce qui est faux ; on feint aussi d’ignorer que les hommes ne signalent pas, par crainte de ne pas être pris au sérieux, ce qui fausse les pourcentages, et que toutes les femmes disent la vérité quand elles appellent la police. 

Rien de plus facile que de faire arrêter son homme...
Ces deux facteurs suffiraient à biaiser la perspective si en plus on ne devait composer avec le fait que, à cause du protocole d’intervention en violence conjugale, près de 10 000 hommes sont arrêtés sans raison chaque année, selon  deux chercheuses.  Un nombre approchant a été vraisemblablement comptabilisé dans les 17 321  signalements travestis en infractions.  C’est ce grave abus de pouvoir que le gouvernement cherche à continuer de dissimuler sous un subterfuge que seule l’apathie de nos journalistes lui permet de réussir à cacher.  Tôt ou tard, l’État québécois devra cependant répondre de ses actes.  Il ne lui restera plus qu’à s’appliquer ses douteuses mises en garde …

Jean-Luc Mongrain, franc-tireur ou comédien ?

Je me souviens avoir vu Jean-Luc Mongrain lors d'une activité de la FPJQ à Trois-Rivières, il y a bien une trentaine d'années. Jean...