samedi 21 août 2010

Some Time in NYC : Un flop non dépourvu d’intérêt

Bien sûr, il y a eu, vers 1969, les canulars Unfinished Music 1 et 2, et le plus qu’inutile Wedding Album, trois «oeuvres» expérimentales concoctées avec Yoko dont, par égard pour l’un des esprits artistiques les plus créatifs et les plus influents du vingtième siècle, il vaut mieux oublier les parutions.

Suivirent l’inégal album live Plastic Ono Band Live Peace In Toronto, mais surtout, les deux chefs d’œuvre incontestés de John Lennon, Plastic Ono Band et Imagine, parus l’un après l’autre en 1970 et 1971.  Du coup, il semblait bien que la carrière de John était partie sur des chapeaux de roue et que la confiance que le public avait investie dans le Beatle brillant était pleinement justifiée.  L’aura de Lennon se trouvait d’autant plus évanescente que les débuts solo de son ancien collègue, Paul McCartney, n’annonçaient pas vraiment ses succès futurs.  Et puis, quelles mauvaises langues pouvaient bien encore affirmer que Yoko Ono nuisait à la créativité de son célèbre mari ? 

C’était avant Some Time In New York City, paru en 1972, dont la pochette recherchée et ambitieuse promettait pourtant beaucoup.  Pour plusieurs, il s’agit de l’album le plus faible de Lennon, et des écoutes répétées ne peuvent que confirmer ce pronostique.  Est-il pour autant bon pour la scrape ?  Certainement pas, malgré deux handicaps majeurs, malheureusement liés à l’idole de ses nuits.

Alors que le chanteur et l’artiste d’avant-garde avaient enregistré chacun de son côté son Plastic Ono Band, ils eurent l’improbable idée d’unir leurs efforts sur un même disque.  Si les compositions de Yoko recèlent souvent un lyrisme inattendu, il se trouve sporadiquement compromis par les effets vocaux gratuits et dévastateurs de la chanteuse improvisée.  De telles tentatives restent à la musique ce que l’écriture automatique s’avère à la poésie : parfois utiles, à condition d’être gardées pour soi.

La deuxième réserve majeure devant cet album tient au fait qu’à peu près chaque chanson traite d’un sujet politique ou social de l’actualité d’alors.  Trente-six ans plus tard, l’auditeur moyen a quelque peu perdu le fil de certains d’entre eux.  L’écoute de John Sinclair, ne nous dit pas qu’il s’agit d’un leader des Black Panthers, ni qu’il fut condamné à une peine disproportionnée en regard des accusations de détention de marijuana qui pesaient sur lui.  Qui se souvient encore d’Angela Davis, cette activiste américaine emprisonnée pendant 16 mois, après avoir été accusée d’avoir participé à une prise d’otage ?  Elle devait par la suite être jugée et acquittée.  Une chanson de Lennon témoignera toutefois de son passage sur terre.


On retrouve une autre pièce sur la révolte des prisonniers d’Attica State, mais aussi quelques sujets plus accessibles, comme la problématique irlandaise, relatée dans The Luck Of The Irish ou Sunday Bloody Sunday.

Si la facture thématique générale laisse à désirer, la réalisation reste sans faille et la musique, souvent géniale.  Est-ce assez pour sauver cet album du naufrage ? Sans doute, mais avouons que le rescapé ne sera jamais fort.  Ainsi, la féministe et revancharde  Woman Is The Nigger Of  The World, avec un texte plus universel, aurait pu donner à Lennon un autre classique, alors qu’elle est pratiquement oubliée de nos jours.

Quant au deuxième disque de ce double album, présentant divers extraits de spectacles, notamment avec Frank Zappa et ses Mothers Of Invention, il aurait pu tout aussi bien ne pas sortir.  La réédition de l’album, en 2005, ne le comprend d’ailleurs pas. 

Some Time In New York City fut descendu par les critiques et devint un flop commercial.  Lennon ferait mieux la  prochaine fois, avec Mind Games, par lequel il devait tenter de renouer avec la formule gagnante d’Imagine, sans pour autant y parvenir tout à fait. 

Ce Rétrolivier est paru dans Amazon.fr le 23 novembre 2008.

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